Ségolène Royal a prôné la patience lors de sa rentrée politique samedi dans son ex-circonscription de Melle (Deux-Sèvres), renonçant pour l'heure à partir à l'assaut de la direction du PS, tout en avançant ses pions sur la rénovation du parti.
Anticipant d'une semaine la rentrée des socialistes le week-end prochain à l'université d'été à La Rochelle, l'ex-rivale de Nicolas Sarkozy à la présidentielle a critiqué celui-ci de manière très sélective. Elle l'a crédité d'"une sincère volonté de réforme" tout en lui reprochant son "immobilisme", à l'inverse de ses camarades qui lui reprochent "une accentuation" de la politique libérale.
"Je n'hésite pas, je prends mon temps, ce n'est pas pareil", a-t-elle confié aux journalistes en marge de son discours.
La "Fête de la rose" des Deux-Sèvres, à laquelle ont participé 1.500 personnes environ, avait été minutieusement préparée: un autocar a convoyé la presse entre Poitiers et Melle, tandis qu'un site internet avait été monté pour favoriser la venue des partisans de Mme Royal. Un car avait pris la route dans le Vaucluse, d'autres dans le Rhône.
Blouse bleu pâle sur une jupe noire, Ségolène Royal, rentrée bronzée de longues vacances, était entourée de ses proches: une dizaine de personnes dont son ex-directeur de campagne Jean-Louis Bianco ou la députée Michelle Delaunay, vainqueur d'Alain Juppé aux législatives de juin.
Dès le début d'un discours-fleuve (1H30), elle a mis les choses au point. "Je ne suis en compétitition avec personne. C'est un travail collectif de longue haleine qui commence", a affirmé la présidente du Poitou-Charentes.
L'ex-candidate, qui s'est dite "animée d'une volonté très solide et sereine", renonce donc pour le moment à partir sabre au clair à la conquête du parti de son ex-compagnon François Hollande, ambition affichée le soir même des législatives.
Depuis ce scrutin, Mme Royal a commis une série d'erreurs, ce qui a fait chuter sa popularité, Dominique Strauss-Kahn la devançant dans plusieurs sondages.
A Melle, elle a prôné de profonds changements dans le fonctionnement du parti, en termes cependant très généraux. Grâce à un parti "ouvert" et nombreux, elle veut en finir avec "des règlements de comptes inutilement brutaux suivis de synthèses parfaitement illisibles."
Sur les idées, Mme Royal a tenu un discours très social-démocrate que ne renierait pas DSK, admettant que pendant sa campagne elle avait "parfois improvisé". "Il faut être très clair sur ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas financer à chaque étape", a-t-elle soutenu.
La "dame blanche" s'est dite "sidérée" que les socialistes aient "peur de l'affirmation de l'individu" ou contestent le rôle du marché dans l'économie.
"Le marché nous est aussi naturel que l'air qu'on respire", a-t-elle lancé. Quant à "l'équilibre entre le collectif et l'individuel, la gauche a donné le sentiment qu'elle l'oubliait". "Cela ne doit plus jamais arriver", a-t-elle lancé.
A Nicolas Sarkozy, elle a reproché essentiellement de "ne pas préparer la France à relever les défis de la mondialisation". "Annoncer la réforme n'est pas l'accomplir", a-t-elle critiqué.
Un ton en dessous de sa colère contre le candidat UMP lors du débat télévisé du 3 mai, Mme Royal s'est particulièrement animée à l'évocation des nouvelles mesures de lutte anti-pédophilie promises par Nicolas Sarkozy, rappelant qu'il avait été quasi constamment ministre de 2002 et 2007.
Dans son opposition, la gauche doit être "percutante sur les propositions et les critiques". "Nous n'avons pas besoin de caricaturer ce qui n'a pas besoin de l'être", a-t-elle dit.